Un exode massif depuis l'Espagne

En janvier et février 1939, près d’un demi-million de réfugiés vont affluer d’Espagne en France alors que la Guerre d’Espagne touche à sa fin. Les Pyrénées-Orientales sont aux avant-postes de cet exode.

La Retirada est un terme générique utilisé en France pour évoquer l’exode des réfugiés venus de d’Espagne entre la fin janvier et la mi-février 1939 suite à l’effondrement du front de Catalogne. L’étymologie du mot vient de la retraite militaire. Désormais, son usage, qui est assez récent et qui fait débat d'un point de vue historiographique, s’est généralisé en englobant les premières semaines de l’exil avec les placements de réfugiés dans des centres et dans des camps. Nous l’utiliserons ici pour la période couvrant l'entrée des premiers réfugiés (civils et blessés) du 27 janvier 1939  à la fermeture du passage en France par le Col d'Ares 13 février 1939. Il est difficile de connaître avec précision le nombre exact de réfugiés a être rentrés durant cette période en France par les Pyrénées-Orientales. L'estimation la plus fiable,  recoupant plusieurs sources, fait état du passage de 475 000 réfugiés. Un chiffre auquel il convient de rajouter les passages, certes moins massifs, de réfugiés dans les semaines et les mois qui vont suivre la fermeture de la frontière et qui ne prend pas en compte l’autre exode républicain depuis les côtes du Levant vers l’Afrique du nord en mars 1939.

Vue générale du passage des réfugiés, Le Perthus,

Vue générale du passage des réfugiés, Le Perthus, 7 février 1939. Archives départementales des Pyrénées-Orientales. Fonds Auguste Chauvin, 27Fi195.

Cette "Retirada" s'est déroulée en deux temps suivant un plan de barrage mis en place dans les Pyrénées-Orientales par le gouvernement d’Edouard Daladier avec l’aide de l’armée. Ce plan prévoit d’abord l'autorisation d'entrée pour les civils et des blessés dès la nuit du 27 janvier, puis à partir du 5 février pour les soldats de l'armée Populaire de la République espagnole. Cette double temporalité de l'exode s’est traduite par la création de deux zones distinctes de transit et de contrôle pour les réfugiés : des centres de recueil et d'évacuation pour les civils (femmes, enfants et vieillards) et les blessés ainsi que des camps pour les hommes. Ces derniers, installés d’abord en pleine nature le long de la frontière des Pyrénées ont pour principale fonction de regrouper les militaires afin de constituer des convois qui sont dirigés vers les « camps de concentration » pour reprendre la terminologie alors en vigueur tant dans l'administration militaire que civile. Le 1er mars 1939, le préfet des Pyrénées-Orientales précise qu’il s’est opéré depuis son département 144.339 évacuations et 54.000 rapatriements. 260.000 hommes, mais aussi des femmes et des enfants, y sont toujours internés.

Un des premiers tas d'armes recueillies lors du passage des troupes républicaines au Perthus.

Un des premiers tas d'armes recueillies  lors du passage des troupes républicaines au Perthus. 
Archives départementales des Pyrénées-Orientales. Fonds Auguste Chauvin, 27Fi22

Face à l’afflux des réfugiés, les notices individuelles, qui étaient jusque-là la norme, sont ainsi remplacées dès les premiers jour de l’exode par des listes nominatives très vite abandonnées.  En l'absence d'une identification individuelle systématique aux différents postes-frontières et points de barrages, les camps et les centres d'accueil deviennent donc les principaux espaces de contrôle des réfugiés qui sont alors considérés comme des « asilés ». La majorité des femmes et des enfants, ainsi que des blessés, sont évacués des Pyrénées-Orientales alors que les hommes en âge de se battre sont concentrés derrière des barbelés des camps très vite installés dans le grand sud de la France. Le camp d’Argelès-sur-Mer dont l’installation débute à la fin du mois de janvier 1939 joue un rôle central dans ce dispositif puisqu’il absorbe une partie important des soldats - ou assimilés - rentrés en France et dans une moindre mesure des femmes et des enfants et des membres des brigades internationales. L’on estime à 110.000 le nombre de réfugiés qui vont s’y entasser entre le début du mois de février et la fin du mois de juin 1939 dans un quasi dénuement. Le camp d’Argelès-sur-Mer fut ainsi numériquement le plus plus grand camp d’étrangers de la Retirada.

Salut des troupes nationalistes au Perthus, 10 février 1939

Salut des troupes nationalistes au Perthus, 10 février 1939. Archives départementales des Pyrénées-Orientales. Fonds Auguste Chauvin, 27Fi36.

Une douzaine de camps dans les Pyrénées-Orientales en 1939

Le département des Pyrénées-Orientales va regrouper le plus grand nombre de camps pour étrangers dans l’Hexagone durant l’hivers 1939. La plupart d’entre-eux, notamment ceux installés le long de la frontière, sont provisoires. Au début du mois de mars 1939, le département des Pyrénées-Orientales compte encore une quinzaine de camps où sont enfermés près de 260.000 réfugiés.  A savoir les camps d’Argelès-sur-Mer, de Saint-Cyprien, du Barcarès, d’Arles-sur-Tech, d’Amélie-les-Bains, de Prats-de-Mollo, de Saint-Laurent-de-Cerdan, du Boulou, du fort de Bellegarde, de Bourg-Madame, de Mont-Louis et de Latour-de-Carol. Apparaîtront dans les semaines et les mois suivants les camps de Collioure,  de Villeneuve-de- la-Rivière et du Champ-de-Mars à Perpignan.


Les principaux sites de la Retirada dans les Pyrénées-Orientales, février-mars 1939

Les principaux sites de la Retirada dans les Pyrénées-Orientales, février-mars 1939. Carte réalisée par Didier Brazeau et Grégory Tuban.

Témoignages

Isidre Torrents

Il est déjà nuit quand nous traversons Argelès-sur-Mer. Nous demandons si le lieu où nous allons est encore loin, et tout comme les paysans de Catalogne, ils nous disent que non, que ce n'est pas loin, mais nous ne finissons pas d'y arriver. J'encourage les compagnons qui n'en peuvent plus…

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