La résistance

De très nombreux anciens internés du camp d’Argelès-sur-Mer vont participer dans les mois et les années qui suivent la sortie du camp à la résistance intérieure et extérieure durant la Seconde Guerre mondiale. 

La résistance au camp d’Argelès-sur-Mer débute dès 1939. Elle est alors tournée vers l’Espagne et la lutte clandestine anti-franquiste. A partir de 1942, c’est en France que des anciens internés reprennent le combat. Au sein des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - main-d'œuvre immigrée) et de l’AGE (Agrupación de Guerrilleros Españoles) notamment mais aussi dans des réseaux de passage clandestin des Pyrénées et divers mouvements français de Résistance. Le camp ayant fermé, il ne fournit pas directement des combattants à ces organisations bien qu’il existe des mentions précoces d’organisations clandestines au sein du camp en 1940 et 1941 comme une réunion préparatoire à l’UNE (Unión Nacional Española) évoquée dans les mémoires de Sixto Agudo ou l’évasion d’anciens brigadistes au printemps 1941 partis rejoindre les rangs des FTP-MOI.

François Solano (1921) est l’un de ces nombreux anciens internés du camp d’Argelès qui vont rejoindre les rangs du maquis. cousin Esteban Larroy ancien interné au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne). Esteban rejoint ensuite François dans le maquis de l'Y

 François Solano (1921) est l’un de ces nombreux anciens internés du camp d’Argelès qui vont rejoindre les rangs du maquis. cousin Esteban Larroy ancien interné au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne). Esteban rejoint ensuite François dans le maquis de l'Yonne en 1944. Fonds FRREEE. 

 Des anciens d’Argelès-sur-Mer s’illustreront ainsi dans les maquis comme Ramon Vila Capdevila, alias le capitaine Raymond ou Caraquemada (1908-1963), José Antonio Alonso Alcade, alias le commandant Robert (1919-2015) ou Pascual Gimeno Rufino, alias le commandant Royo (1915-1945). Des républicains espagnols et d’anciens brigadistes passés par Argelès-sur-Mer s’illustreront ainsi dans la libération de la France mais aussi dans celle de l’Europe notamment ceux engagés dans la Légion Etrangère et les Forces françaises libres. Certains de ces combattants périront en France comme Conrad Miret i Musté (1906 - 1942), Marcel Langer (1903-1944) ou Pedro Flores Cano (1917-1944) ou par delà les frontières en Espagne, en Allemagne ou en URSS où Rubén Ruiz Ibárruri (1920 - 1942), le fils de La Pasionaria, tombera sous les balles à Stalingrad. .La Hongroise Olga Bancic est extradée en Allemagne où elle est décapitée le 10 mai 1944 à Stuttgart. 

Florentino Calvo, ici avec le drapeau, au sein la 1ère compagnie FTP-MOI dans le maquis Sérandon (Corrèze) en 1944

Florentino Calvo, ici avec le drapeau, au sein la 1ère compagnie FTP-MOI dans le maquis Sérandon (Corrèze) en 1944. © Collection privée

 La participation des étrangers « indésirables » de 1939 à la future Résistance est un sujet qui ne cesse d’être éclairé par des travaux de recherche et aussi de réhabilitation. A travers son site, le Mémorial souhaite rendre hommage à ces hommes et à ces femmes passés sur le sable d’Argelès-sur-Mer qui ont pris, ou repris, les armes contre le fascisme. L’exemple le plus frappant est certainement celui des étrangers de L’affiche Rouge. Du 15 au 18 février 1944, vingt-trois FTP-MOI comparaissent devant une cour martiale allemande à Paris. Le 21 février 1944 tous sont condamnés à mort. Suite au procès de février 1944, l’occupant fait placarder sur les murs de France une affiche qui présente ces hommes comme ceux de « l’armée du crime contre la France. ». Cinq sont des anciens internés du camp d’Argelès-sur-Mer.  


 

Les 22 hommes du groupe Manouchian sont fusillés le même jour au Mont-Valérien


Celestino Alfonso (1916-1944). 
Réfugié en France, il rejoint l’Espagne en 1936 et s’engage dans l’armée républicaine où il sert comme mitrailleur puis comme sergent avec de devenir commissaire politique et d’intégrer la 2ème Brigade Internationale avec le grade de capitaine. Celestino Alfonso est interné en février 1939 au camp de Saint-Cyprien puis d’Argelès-sur-Mer d’où il rejoint, au début décembre 1939, une compagnie de travailleurs étrangers. Installé à Paris après juin 1940, Celestino Alfonso est arrêté le 17 janvier 1941. Interné aux Tourelles, il est envoyé pour travailler en Allemagne d'où il revient en juillet 1941. A l’été 1943, Alfonso intègre le groupe de Missak Manouchian et participe à plusieurs actions dont l’exécution du général SS Julius Ritter. Sur l’Affiche Rouge, sa photographie est accompagnée de la légende « Alfonso – Espagnol rouge – 7 attentats ». Fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à 15 h 40.   

Joseph Boczov (1905-1944). 
Ingénieur chimiste hongrois, Joseph Boczov ou József Boczor, s’engage dans les Brigades internationales en 1938. Il est interné en février 1939 à Argelès-sur-Mer avant d’être transféré à Gurs au mois d’avril. Il parvient à s’évader au printemps 1941 lors d’un transfert en Allemagne. Joseph Boczov rejoint Paris et intègre les FTP-MOI. En 1942, Joseph Boczov devient chef du 4ème détachement spécialisé dans les déraillements de trains allemands. Sur l’Affiche Rouge, sa photographie est accompagnée de la légende « Boczov – Juif hongrois – chef dérailleur – 20 attentats». Fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à 15 h 40. 

Jonas Geduldig (1918-1944).
Juif polonais, Jonas Gedulgig s’engage en 1937 dans les Brigades Internationales où il est versé dans le groupe « Anna Pauker » du bataillon Dimitrov. Grièvement blessé, il est interné en février 1939 au camp d’Argelès-sur-Mer puis à Gurs et à nouveau à Argelès-sur-Mer d’où il parvient à s’évader et à rejoindre Paris pour travailler sous le pseudonyme de Michel Martiniuk . En avril 1942, Jonas Geduldig intègre le 2e intègre le 2e détachement juif des FTP-MOI puis en juin 1943 le 4ème détachement du groupe des dérailleurs sous les ordres de Joseph Boczov. Présenté sur l’Affiche Rouge sous son pseudonyme, Michel Martiniuk. Fusillé au Mont- Valérien le 21 février 1944 à 15 h 47.

Szlama Grzywacz (1909-1944). 
Juif et militant communiste polonais, Szlama Grzywacz quitte Paris en 1936 pour rejoindre les Brigades Internationales. Il est interné en février 1939 au camp d’Argelès-sur-Mer puis à Gurs. Il parvient à s’évader en 1940. Comme Jonas Gedulgig, Szlama Grzywacz intègre en 1942 le 2e détachement FTP-MOI puis le 4ème détachement du groupe des dérailleurs. Sur l’Affiche Rouge, sa photographie est accompagnée de la légende « Grzywacz – Juif polonais – 2 attentats ». Fusillé au Mont- Valérien le 21 février 1944 à 15 h 56. 

Stanislas Kubacki (1908-1944) Polonais arrivé en France en 1925, Stanislas Kubacki fut un militant communiste frappé d’un arrêté d’expulsion en 1936. Engagé dans les Brigades internationales, il est placé à son retour en France au camp d’Argelès-sur-Mer puis transféré sur le camp spécial de Collioure en avril 1939. Il quitte le camp disciplinaire pour celui du Vernet à la fin de l’année. Déporté en Allemagne, il s’échappe du convoi et rejoint les rangs des FTP-MOI. Il est arrêté le 7 décembre 1942 avec des notes en polonais sur des opérations de sabotage. Stanislas Kubacki fut remis à la Gestapo et torturé pendant plusieurs jours avant d’être incarcéré à Fresnes. Il sera jugé avec les hommes du groupe Manouchian. Fusillé au Mont-Valérien le 21 février 1944 à 15 h 56.

Citons aussi Joseph Epstein (1911 - 1944). 
Militant communiste polonais, Joseph Epstein émigre en France en 1931. Il s’engage dans les Brigades internationales en 1936. Grièvement blessé, il est rapatrié en France puis revient en Espagne en janvier 1938. En février 1939, il est interné au camp d’Argelès-sur-Mer puis de Gurs. Engagé dans la Légion Etrangère, il est fait prisonnier par les Allemands en 1940, mais parvient à s’évader d’un stalag près de Leipzig. De retour à Paris, Joseph Epstein se voit confier des responsabilités importantes par le Parti Communiste. En 1943 il prend la tête des FTP de la région parisienne sous le pseudonyme du colonel Gilles. Arrêté alors qu’il attendait Missak Manouchian à la gare d'Évry Petit-Bourg le 16 novembre 1943, Joseph Epstein est torturé mais ne livre aucun nom. Il est fusillé en 11 avril 1944 au Mont Valérien sous son nom de combattant lors de la guerre d’Espagne (Joseph Andrej). 

Les 23 de l’Affiche Rouge

 Celestino Alfonso, Espagnol, 27 ans - Olga Bancic, Roumaine, 32 ans - József Boczor, Hongrois, 38 ans - Georges Cloarec, Français, 20 ans - Rino Della Negra, Italien, 19 ans - Elek Tamás, Hongrois, 18 ans - Maurice Fingercwajg, Polonais, 19 ans - Spartaco Fontano, Italien, 22 ans - Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans - Emeric Glasz, Hongrois, 42 ans - Léon Goldberg, Polonais, 19 ans - Szlama Grzywacz, Polonais, 34 ans - Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans - Cesare Luccarini, Italien, 22 ans - Missak Manouchian, Arménien, 37 ans - Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans - Marcel Rajman, Polonais, 21 ans - Roger Rouxel, Français, 18 ans - Antoine Salvadori, Italien, 24 ans - Willy Schapiro, Polonais, 29 ans - Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans - Wolf Wajsbrot, Polonais, 18 ans-  Robert Witchitz, Français, 19 ans.