Francisco Pons

Récits

Les CTE du camp d'Argelès

Né à Minorque, Francisco Pons (1913-1987)  participe à la Guerre d’Espagne comme lieutenant d’infanterie. Il quitte les Baléares le 9 février 1939 à bord d’un navire anglais. Réfugié en France en 1939, ce jeune instituteur va connaître les camps du Barcarès, de Gurs et d’Argelès-sur-Mer où il sera interné à deux reprises, en 1939 puis en 1940 . Incorporé dans une Compagnie de Travailleurs Etrangers, Francisco Pons sera requis sur le Mur de l’Atlantique d'où il rejoint les rangs de la Résistance dans les Landes. A la Libération, il s’établit en Bretagne où il devient enseignant d’Espagnol. Naturalisé français en 1962, Francisco Pons consignera son expérience derrière les barbelés à Argelès-sur-Mer et autour d’autres camps dans une autobiographie écrite au début des années 1980.

Les C.T.E ou Compagnies de Travailleurs Etrangers commencèrent à se créer à Argelès fin septembre 1939. Leur but était de faire participer les étrangers en général et les réfugiés espagnols en particulier, oisifs dans les camps de concentration, à l’effort de guerre que le gouvernement de la République française avait jugé urgent d’entreprendre.

On commença par donner au recrutement des réfugiés « prestataires » dans le « jargon ministériel », un caractère de volontariat. Les promesses étaient alléchantes : encadrement espagnol sous la direction de Français, nourriture et logement gratuits et une certaine somme d’argent journalière en paiement du travail réalisé.
Pour les internés qui avaient hâte de quitter le camp, l’occasion de pouvoir sortir des barbelés était inespérée. Pour les militaires professionnels, comme mon ami P. dont j’ai déjà parlé, revenir à un commandement même subordonné au chef français de la Compagnie, était une aubaine qu’il ne fallait pas laisser passer. Rien d’étonnant donc si, nombreux furent ceux qui, dés le début, se présentèrent au bureau de recrutement des compagnies. Bien que ne connaissant ni le lieu ni le travail auxquels la Compagnie serait destinée, quand l’heure du départ arrivait la satisfaction des partants se lisait sur les visages. Mais quand parvinrent à Argelès, les premières lettres de ceux qui étaient partis, lettres dans lesquelles ils racontaient leur nouvelle vie, leurs conditions d’hébergement, le travail qu’ils devaient accomplir, le peu d’argent qu’ils touchaient, bref leur désenchantement, le volontariat se tarit soudainement.
Alors, le commandement qui, sans doute, s’attendait à ce résultat, continua à former et à faire partir ceux qu’on appelait « prestataires ». Parallèlement à ce recrutement, on fit appel « aux ouvriers spécialistes de l’armement» pour les envoyer dans les usines d’aviation en particulier. Ils allaient y aider « les affectés spéciaux » français.
Malgré ces départs échelonnés, le camp se vidait d’autant plus lentement que les vides laissés étaient comblés par les arrivées de réfugiés d’autres camps, Argelès étant devenu un camp de Base.

Francisco Pons, Barbelés à Argelès et autour d’autres camps, Paris, L’harmattan, 1993, p190-1991

Embarquement de réfugiés espagnols dans une Compagnie de Travailleurs Etrangers.


Embarquement de réfugiés espagnols dans une CTE. Camp d’Argelès-sur-Mer, 1939. Fonds Couderc. Mémorial du camp d’Argelès.